Dans 70 à 80% des cas, le cancer du poumon est diagnostiqué à un stade avancé(1,2).
Il demeure la tumeur maligne la plus meurtrière en France(1) : 52 777 nouveaux cas estimés en 2023, causant chaque année près de 30 896 décès. L’enjeu est donc d’augmenter les chances de survie et de guérison des patients en diagnostiquant la maladie à un stade précoce, lorsque des traitements à visée curative sont envisageables(2).
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Aujourd’hui, le cancer du poumon a un pronostic défavorable avec une survie nette standardisée à 5 ans de 20 % (tous sexes confondus)(3). Le dépistage permettrait d’améliorer significativement la survie des patients. Les sociétés savantes recommandent notamment le dépistage individuel sur une population cible(4).
Aujourd’hui, les données cliniques sur l’impact du dépistage reposent sur deux études :
– L’étude NLST, menée aux États-Unis entre 2002 et 2007 et portant sur plus de 50 000 fumeurs ou anciens fumeurs âgés de 55 à 74 ans, consommateurs d’au moins 30 paquets par an(4).
– L’étude NELSON, menée aux Pays-Bas et en Belgique. Elle a réuni 15 822 participants sur 5 ans et demi, faisant d’elle la plus large cohorte européenne évaluant l’efficacité d’un dépistage organisé du cancer du poumon sur une population à risque(5).
L’étude NELSON a démontré une augmentation des chances de guérison du cancer du poumon grâce au dépistage(5). En effet, le dépistage par scanner thoracique à l’inclusion, puis à 1, 3 et 5,5 ans permet une réduction de la mortalité, versus aucun dépistage, de :
« Le dépistage du cancer du poumon permettrait d’augmenter considérablement le nombre de patients pris en charge précocement. La réduction de sa mortalité est alors de l’ordre de 24 % chez les hommes et 48 % chez les femmes »
Pr Sébastien Couraud, chef du service de pneumologie des Hospices Civils de Lyon
En plus de l’intérêt médical évident qu’apporte le dépistage du cancer du poumon par la réduction du taux de mortalité, l’impact sur le coût économique pour la société est non négligeable. En effet, la détection précoce du cancer du poumon associée à une prise en charge rapide permet de réduire l’impact direct et indirect du cancer du poumon sur la société de plusieurs manières(6) :
Diminution des inégalités de santé dans le cancer du poumon (en termes de risque de présentation tardive, d’accès aux traitements et de survie)
Détection d’autres maladies non transmissibles liées au tabac telles que des maladies cardiovasculaires ou la Bronchopneumopathie Chronique Obstructive (BPCO)
Prévention et sevrage tabagique
Diminution du nombre de décès prématurés et de la perte de productivité dus au cancer du poumon
Comme la prise en charge du cancer du poumon, sa détection précoce et son dépistage impliquent une approche multidisciplinaire.
Médecins traitants, tabacologues, addictologues, pharmaciens, radiologues, pneumologues, oncologues et/ou chirurgiens thoraciques sont impliqués, en collaboration, dans le dépistage du cancer du poumon(7,8).
Le généraliste adopte une approche globale, intégrant les dimensions médicales et médico-sociales, et assure la coordination entre les différents professionnels impliqués dans la prise en charge de la maladie. Il intervient à chaque étape du parcours de soins : prévention, dépistage, diagnostic, traitements, et suivi post-thérapeutique. Il maintient également un lien étroit avec les structures hospitalières via des échanges téléphoniques, des comptes rendus ou des courriers médicaux, et peut accompagner les proches du patient(9-14). Comme le médecin généraliste, le pharmacien occupe une place essentielle dans les actions de prévention et de lutte contre le cancer du poumon(9-14).
En effet, de leur côté, les pharmaciens d’officine, acteurs de santé de proximité et figures de confiance des Français, contribuent activement à la prévention du cancer du poumon grâce à leur rôle de conseil et à la délivrance de traitements de substitution nicotinique, entre autres(8-11). Ils pourraient aussi devenir des maillons stratégiques dans le dispositif de dépistage, en orientant vers les généralistes les personnes à risque ou présentant des symptômes persistants évocateurs de la maladie(11-14).
70 à 80% des cancers du poumon sont diagnostiqués à un stade avancé du fait de symptômes peu spécifiques(2). Or, la détection à un stade précoce est associée à un meilleur pronostic. Il est donc important de reconnaître les symptômes du cancer du poumon(2,14).
Les symptômes fréquents combinent des problèmes respiratoires et une altération inexpliquée de l’état général(2,14) :
Apparition ou majoration d’une toux de bronchite chronique
Expectorations (crachats) sanguinolentes (hémoptysie)
Apparition ou aggravation d’une dyspnée ou essoufflement, en l’absence de problèmes cardiaques avérés
Douleurs importantes aiguës ou chroniques (comme un point de côté évoquant un déchirement musculaire, des douleurs de l’épaule évoquant un rhumatisme)
Fatigue inhabituelle et persistante
Perte d’appétit et/ou de poids
Des symptômes moins fréquents doivent également alerter et amener à une orientation vers un professionnel de santé(2,14) :
Les données de la littérature ne permettent pas de conclure quant au bénéfice d’un dépistage des cancers du poumon par scanner à faible dose chez les personnes n’ayant jamais fumé et chez les fumeurs n’ayant pas le seuil d’exposition des patients inclus dans les études(4). De ce fait, les sociétés savantes recommandent de proposer un dépistage selon les critères d’inclusion suivants : âge compris entre 50 et 74 ans ; et tabagisme > 10 cigarettes/j pendant > 30 ans ou > 15 cigarettes/j pendant plus de 25 ans ; et tabagisme actif ou sevré depuis ≤ 10 ans ou ≤ 15 ans (OPTION) ; et acceptation du dépistage après information éclairée ; et volontaire pour une démarche d’aide au sevrage tabagique (4).
Ce sont sur ces critères que le programme IMPULSION, un projet pilote préalable à la généralisation espérée d’un programme de dépistage organisé du cancer du poumon, a été annoncé par l’INCa en janvier 2025 (7,8).
La brochure Quel comportement adopter face à un(e) patient(e) fumeur(se) ou ancien(ne) fumeur(se) ? vous permet de faire le point sur les critères d’éligibilité des patients au dépistage du cancer du poumon.
Le scanner à faible dose (tomodensitométrie), est la technique de référence pour dépister le cancer du poumon.
Plusieurs études ont démontré que cet examen permet de diminuer la mortalité par cancer du poumon chez les personnes fortement exposées au tabac. À la demande de la Haute Autorité de Santé, cette technique de dépistage fait aujourd’hui l’objet du projet pilote IMPULSION lancé par l’INCa en janvier 2025. Ce programme pilote est l’étape préalable à la généralisation espérée d’un programme de dépistage organisé de ces cancers. Il s’adressera aux fumeurs et ex-fumeurs de 50 à 74 ans et combinera un scanner thoracique à faible dose à une proposition de sevrage tabagique. Les études montrent qu’un tel dépistage pourrait réduire d’environ 20 à 25 % la mortalité liée à ces cancers(7,8). Ce programme pilote pourrait ouvrir la voie à la mise en place d’un programme de dépistage national, qui soit sûr et efficace, comme pour le cancer du sein(4,15).
Le scanner à faible dose a deux principaux avantages qui en font un outil de choix pour dépister ce cancer :
– il est peu irradiant, contrairement à un scanner classique(4),
– il permet de détecter des nodules cancéreux précoces de manière plus précise et plus fiable que la radiographie qui ne doit pas être utilisée comme outil de dépistage du cancer du poumon(16).
Dans le cadre du dépistage du cancer du poumon, un scanner faiblement dosé doit être réalisé à un an d’intervalle pour les deux premiers examens puis tous les deux ans après 2 examens négatifs et en l’absence d’emphysème ou de BPCO(4).
En complément du scanner faible dose, des techniques exploratoires de dépistage non-invasif font l’objet de recherches, parmi lesquelles les composés organiques volatils (COV) et la biopsie liquide(14,17-20).
Pour permettre une détection précoce du cancer du poumon la plus personnalisée possible, trois techniques de dépistage sont actuellement à l’étude, basées sur l’imagerie, la biologie et l’intelligence artificielle(4,14,15,17-20).
Certains composés organiques volatils (COVs), notamment issus des familles des alcools, cétones et dérivés aromatiques, peuvent être détectés dans l’air expiré. Plusieurs travaux indiquent que l’analyse du profil de ces COVs présents dans l’haleine pourrait permettre d’identifier des signatures associées à la présence d’un cancer du poumon. La recherche dans ce domaine vise à concevoir des méthodes de dépistage non invasives, basées sur la détection des COVs dans l’objectif d’améliorer l’identification précoce de la maladie et, potentiellement, d’augmenter les chances de prise en charge à un stade curatif(17). Le projet PATHACOV a pour but de proposer aux professionnels de santé un outil électronique de dépistage non-invasif du cancer du poumon grâce à la détection de COVs dans l’haleine(18).
La biopsie liquide consiste en l’analyse de fluides biologiques — principalement le sang, mais aussi l’urine, la salive ou le liquide céphalo-rachidien — dans le but de détecter des biomarqueurs tumoraux tels que les cellules tumorales circulantes (CTC), l’ADN tumoral circulant (ctDNA) ou les micro-ARN(14,19). L’origine tumorale de ces cellules et macromolécules, leur présence dans des matrices liquides et l’information diagnostique en oncologie qu’elles peuvent fournir sont les éléments clés de la biopsie liquide. Initialement développée pour le suivi de l’évolution tumorale et l’adaptation des traitements, cette approche peu invasive fait aujourd’hui l’objet de recherches prometteuses pour le dépistage précoce de plusieurs types de cancer, dont le cancer du poumon.
L’intelligence artificielle pourrait également compléter l’expertise médicale afin de dépister précocement le cancer du poumon. Plusieurs équipes travaillent sur le développement d’algorithmes de deep learning permettant de détecter des nodules pulmonaires sur des images de scanner. Ces algorithmes permettraient de réduire la charge de travail des professionnels de santé, d’améliorer l’évaluation du risque cancéreux de ces nodules et de réduire les coûts du dépistage du cancer du poumon(20).
Les nodules incidents sont des nodules pulmonaires découverts fortuitement lors d’une radiographie pulmonaire effectuée dans le cadre de soins de routine (par exemple pour un dépistage de pneumonie)(6). Aujourd’hui, les taux de suivi de ces nodules incidents sont sous-optimaux, encourageant la mise en place de programmes de gestion et une structuration des parcours pour permettre à davantage de patients de bénéficier de ce type de détection et de suivi(21).
Les dernières mises à jour des recommandations de la Fleishner Society pour le suivi des nodules solides incidents ont introduit : la mesure volumique des nodules avec des valeurs seuils plus conservatives, une différence entre l’existence d’un nodule unique et des nodules multiples ainsi qu’une complexification de la notion de risque individuel. Ces recommandations ne s’appliquent pas au dépistage du cancer du poumon, aux patients de moins de 35 ans et aux patients ayant des antécédents de cancer primitif ou d’immunodépression.
Pour la prise en charge et le suivi des nodules pulmonaires solides, se référer aux recommandations de la Fleishner Society : https://radiopaedia.org/articles/fleischner-society-pulmonary-nodule-recommendations-1
Des programmes de gestion des nodules incidents ont été développés ces dernières années, principalement aux États-Unis : en 2016, Le Blount Memorial Hospital, desservant 5 comtés du Tennessee, a lancé un programme complet et coordonné quant au suivi de nodules pulmonaires incidents notamment dans le but de réaliser un programme robuste de dépistage du cancer du poumon. Ce programme consiste en l’identification par une recherche informatisée des tomodensitométries révélant potentiellement des nodules incidents. Les nodules incidents ou identifiés par un dépistage qui étaient en train de grossir ou qui n’avaient pas été vus dans les scanners antérieurs ont été inscrits dans une base de données de nodules et un examen fondé sur les recommandations a déterminé si une intervention diagnostique ou un suivi radiologique étaient nécessaires(23).
Ce programme a permis d’augmenter la proportion de diagnostics de cancer du poumon à un stade précoce(23).
Ces programmes encore récents semblent améliorer la qualité globale des soins en réduisant les diagnostics tardifs de cancers pulmonaires et en permettant une bonne adhésion du patient à sa prise en charge, tout en diminuant le coût pour la société(16).
Comme dans le cadre du dépistage individuel(4), le suivi de nodules incidents ne nécessite pas d’injection de produit de contraste iodé. Pour les nodules en verre dépoli, il est particulièrement recommandé de toujours se référer au premier scanner réalisé, compte tenu de la faible vitesse de croissance de ces nodules(16).
Si un individu entre dans les critères de dépistage individuel (voir paragraphe Identification et surveillance des patients à risque) (50 à 74 ans, fumeur actuel ou fumeur sevré depuis moins de 10 ans (option : 15 ans) et ayant fumé plus de 15 cigarettes/j pendant 25 ans OU plus de 10 cigarettes par jour pendant plus de 30 ans), il est recommandé de le suivre selon les modalités du dépistage.
1. INCa. Panorama des cancers en France 2025, édition spéciale 20 ans. Juin 2025. Disponible sur : https://www.cancer.fr/catalogue-des-publications/panorama-des-cancers-en-france-2025-edition-speciale-20-ans
2. Haute Autorité de Santé. Guide du parcours de soin. Tumeur maligne, affection maligne du tissu lymphatique ou hématopoïétique. Cancers broncho-pulmonaires [en ligne]. Juillet 2013.
3. INCa. Survie des personnes atteintes de cancer en France métropolitaine 1989-2018. Poumon. Septembre 2020.
4. S. Couraud, G. Ferretti, B. Milleron et al., Recommandations de l’Intergroupe francophone de cancérologie thoracique, de la Société de pneumologie de langue francaise, et de la Société d’imagerie thoracique sur le dépistage…, Revue des Maladies Respiratoires
5. de Koning HJ et al. Reduced Lung-Cancer Mortality with Volume CT Screening in a Randomized Trial. N Engl J Med. 2020;382:503-13.
6. The Lung Ambition Alliance. Lung cancer screening: the cost of inaction. Juillet 2021.
7. INCa. Appel à candidatures 2024 Dépistage des cancers du poumon – Programme pilote. https://www.e-cancer.fr/Institut-national-du-cancer/Appels-a-projets/Appels-a-projets-en-cours/DEPKPOUMON24 Mis à jour : 11/07/2024. Site consulté le 25 juillet 2024.
8. INCa. Dépistage des cancers du poumon : l’Institut national du cancer annonce le projet lauréat du programme pilote. 23/01/2025. Disponible sur : https://www.cancer.fr/presse/depistage-des-cancers-du-poumon-l-institut-national-du-cancer-annonce-le-projet-laureat-du-programme-pilote
9. Respadd. Guide l’addictologie en pharmacie d’officine. 2014.
10. Quotidien du Pharmacien. Une expérimentation de prescription de substituts nicotiniques par le pharmacien lancée en 2024. 7 décembre 2023.
11. Étude Harris Interactive / Pharmactiv. Les Français et leurs attentes vis-à-vis des pharmaciens. 2019.
12. Havlicek AH, Mansell H. The community pharmacist’s role in cancer screening and prevention. Can Pharm J (Ott). 2016;149:274-82.
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14. Les traitements des cancers du poumon, collection Guides patients Cancer info, INCa, novembre 2017.
15. The National Lung Screening Trial Research Team. Reduced Lung-Cancer Mortality with Low-Dose Computed Tomographic Screening. N Engl J Med. 2011. PMID : 21714641.
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